Kitty n’est pas dans ma tête.

Chère Mal dans sa peau,

Je t’ai croisé hier, au détour d’un rayon, un panier vide à la main et le regard perdu sur les étagères devant lesquelles tu te tenais, droite comme un i.

Tu avais vraiment l’air perdue, je t’assure. Je ne sais pas si tu me donnais envie de rire ou de pleurer, à observer chaque produit en face de toi comme si c’était le choix de ta vie. Je peux comprendre qu’il est parfois dur de se décider entre un plat de macaronis au fromage et une barquette de lasagnes, on a peur d’être déçu au final, et puis tu dois avoir envie de prendre les macaronis, par habitude, au moins tu sais à quoi t’attendre, mais tu as cette petite voix dans ta tête qui te tente vers les lasagnes et tu aimerais bien essayer, mais ça te fait un peu peur, et si c’était mauvais, et si ça te rendait triste d’avoir choisi ça, parce que de toute façon, tu prends toujours les mauvaises décisions.

Tu m’as fait de la peine quand je t’ai croisé la première fois dans ce rayon, mais encore plus quand je t’y ai retrouvé, toujours dans la même position, toujours au même endroit, toujours les yeux figés sur les mêmes produits, cinq minutes après. Dis-moi, ça ne te fait rien d’être amorphe dans ta vie ? D’avoir constamment peur de faire un choix ? Tu vas me dire que faire un choix implique un abandon ainsi qu’un risque de se tromper, et je te dirai que tu as raison. Mais je te dirai aussi qu’ainsi est faite la vie, et qu’aussi gentille et pleine de bonté que tu puisses être, tu n’as aucun pouvoir sur elle.

Chère Mal dans sa peau,

Parfois, j’aimerais t’inviter à prendre un café avec moi. J’aimerais te parler, et te montrer que nous ne sommes pas si différentes que ça. Toi et moi, nous adorons nous poser en terrasse, un café ou une bière à proximité, le soleil au-dessus de nos têtes et, devant nous, le spectacle que les gens nous offrent. Je te montrerais cette femme, qui prend la main de son petit garçon avant de traverser la route, et je te dirais qu’elle aussi a peur. Elle a sûrement peur qu’il arrive quelque chose à ce petit être qui rythme sa vie. Et là, regarde ce groupe de jeunes. Ils ont l’air bien plus jeune que nous, ils ont l’air heureux, ils rient tous ensemble, ils se lancent mille et unes blagues, ils se testent mutuellement, ils sont en adéquation avec ce qu’ils doivent être à quinze ans. Et pourtant, ne crois-tu pas qu’eux aussi ont peur ? Peur de se faire rejeter par le reste du groupe, peur de se planter dans leurs études, peur de ne pas être à la hauteur avec leurs parents, peur de perdre sa petite copine même si devant les potes on fait genre qu’on s’en moque, peur des années à venir malgré une forte envie d’indépendance, peur de grandir. Et ce vieil homme qui marche le dos courbé, il ne voit même pas l’homme qui s’avance d’un pas assuré vers lui, l’esprit happé par son téléphone. Ce petit vieux, tu ne penses pas qu’il a peur de ne plus pouvoir se permettre, un jour ou l’autre, de sortir comme il le fait maintenant ? Et cet homme qui vient de s’excuser auprès du vieux pour avoir manqué de le bousculer, tu ne crois pas qu’il a des peurs, lui aussi ?

Chère Mal dans sa peau,

Nous ne sommes pas des machines. Je pense même que nous sommes bien plus vulnérables que n’importe quelle autre espèce, à la différence que nous pensons savoir dissimuler ce détail à la perfection. Avoir peur est la réaction la plus humaine que je connaisse. Ça n’a rien de positif, rien de négatif, mais c’est ce qui me fait dire que telle ou telle personne me ressemble. Moi-même, j’ai peur parfois. J’ai peur de te ressembler, j’ai peur que tout le travail produit se réduise en cendres et que tout reparte à zéro. Mais ça ne rythme pas, et ne rythmera jamais ma vie.

Tu connaîtras des hauts et des bas, ces derniers ayant cette foutue capacité à te donner le sentiment d’être plus souvent présents que les instants où tu te sens intouchable et invincible, mais regarde-toi, des nuits où tu as touché le fond, tu en as connu, des matins où tu as eu peur de sortir, tu en as connu, et des jours où tu t’es demandé pourquoi tu cherchais encore et toujours à avancer, tu en as aussi connu. Et tu es toujours là. Tu t’es toujours relevée, plus ou moins bien, mais tu as toujours su continuer

Pour toi ?

Ou pour les autres ?

Grâce à toi,

ou grâce à moi ?

Chère Mal dans sa peau,

J’aimerais ne jamais avoir à te recroiser au détour d’un rayon avec le visage aussi vide qu’hier. J’aimerais te voir un jour être capable de faire un choix en seulement quelques secondes entre des macaronis au fromage et des lasagnes. J’aimerais aussi que tu apprennes à cuisiner, mais je te l’accorde, étant capable de te brûler avec ton briquet, tu apprendras à utiliser un four le temps voulu.

Tu as cette faiblesse ancrée en toi que j’aime, malgré les mots durs que je te lance. Certes, ta timidité et ton refus de te montrer, de me montrer, en société, ta retenue quand les gens parlent autour de toi, tes maladresses de nana qui panique au contact du monde extérieur, tes attitudes d’enfant qui ne sait pas comment agir avec les autres et surtout les nouveaux, ton attachement trop excessif aux leçons et règles de tes parents, Sois gentille, ne répond pas, ne sois pas vulgaire, fais doucement quand tu joues, tu vas avoir un bleu et c’est pas beau, ne dis pas qu’il est con, c’est moche dans la bouche d’une petite fille, dis bonjour, dis au revoir, dis merci, dis non merci, ne sois pas violente, pas de bagarre, assieds-toi correctement, sois souriante, mais pas trop, ton besoin écœurant d’être sans défaut parce que tu n’assumes pas d’être imparfaite, tout ceci m’insupporte. Tu m’insupportes, mais tu as cette douceur qui me permet de rester toi. Moi.

Sois conne. Sois vivante, un peu. Accepte le fait que parfois, tu as merdé. Mais ne le dis qu’au passé. Ne dis pas “je me plante”. Préfère la formule au passé. Préfère ce qui ne peut plus te toucher, ce qui ne peut plus t’atteindre ni même te blesser.

Chère Mal dans sa peau,

L’écriture a toujours été un exutoire pour toi et moi. L’écriture t’a toujours rapproché de moi. L’écriture te faisait revivre le passé pour mieux t’en séparer. Mais un beau matin tu as décidé d’arrêter sans aucune véritable raison, juste parce que tu as eu un blocage, un manque d’inspiration, un manque de motivation, une peur de voir cette page blanche ne jamais se noircir et tu t’es à nouveau cachée derrière la facilité, derrière une vie plus simple que simple quitte à te laisser bouffer. Le loup redevenu mouton.

Reprends-toi en main, ne te laisse pas attraper une nouvelle fois, en pleine nuit, par des sueurs froides qui te font réaliser que tu es peut-être bien une bonne à rien.

Quand tu écrivais, je vivais.

Aujourd’hui, je suis là pour t’aider, mais sache que ça ne sera pas toujours le cas. Un jour viendra où tu devras faire un choix. Seras-tu capable de t’affirmer comme celle que tu es, simplement, ou finiras-tu par te convaincre que je ne suis pas qu’un passage dans ta vie, mais que je suis ce qui doit suivre naturellement ?

Chère Mal dans sa peau,

Fais donc ce que tu sais faire. Quitte à ne pas savoir choisir, écris.

Kitty.

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3 thoughts on “Kitty n’est pas dans ma tête.

  1. Je t’ai suivis très longtemps sur Ask, et j’ai souvent eu envie de te serrer dans mes bras, alors lire ton blog est un bonheur. Je te fais un gros bisou et attends patiemment ton prochain article.

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    1. Ça me fait vraiment plaisir de savoir que tu es présente sur mon blog, et encore plus en sachant que tu seras aussi sûrement là pour lire les articles à venir. Alors merci beaucoup, je t’embrasse.

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  2. J’ai lu plusieurs de tes textes,en tout cas très bien écrit de cette envie d’écrire. Continue comme ça , j’ai confiance en toi et ne change rien ! !!!

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