Sushis, super-héros et nausées.

– Je crois que je suis amoureuse.
– Tu dis ça parce qu’on a commandé des sushis ?
– Oui mais pas seulement. Je crois que je suis amoureuse, pour de vrai. Tu sais, ce sentiment qui te donne limite la nausée tant il te fait devenir niaise. Eh bien, moi, j’ai la nausée.
– T’es enceinte ?
– Tu peux être sérieuse juste cinq minutes ?
– Oui, mais comprends-moi ; c’est nouveau ça, autant pour moi que pour toi. Rappelle-moi la dernière fois où tu as réellement été amoureuse.
– J’avais quatorze ou quinze ans.
– Exactement. Et pendant les trois années qui ont suivi, tu as passé le plus clair de ton temps à te laisser draguer, à errer en espérant ressentir le même truc, sauf qu’en trois ans, tu as juste été une nana pathétique, froide, sans aucune notion de relation saine et stable uniquement à cause de ce garçon dont tu étais raide dingue et auquel tu t’es accrochée en priant pour son retour alors que tu savais pertinemment que si, par miracle, il débarquait à nouveau dans ta vie, il ne serait bon qu’à t’enfoncer encore un peu plus bas que terre. Alors oui, je peux être sérieuse, mais ne me blâme pas si je reste sur mes gardes quand tu me dis une chose pareille.
– Tu sais comment plomber le moral, en tout cas.
– Excuse-moi, c’est juste que je tiens beaucoup trop à toi pour te voir tomber de haut. Encore une fois. Mais je t’écoute. Je veux en savoir plus.
– Il n’y a pas grand chose à dire tu sais, je me sens bien avec lui depuis quelques mois, c’est tout…

Quand j’y pense, c’était pas gagné. Pourtant, la première fois que je l’ai vu, que je lui ai parlé, qu’on a échangé quelques rires et quelques regards curieux dignes de deux inconnus qui viennent de se rencontrer, j’ai su au fond de moi que j’avais besoin de lui, de sa présence. C’était douloureux, si tu savais, de faire taire ce genre de pensées.

– Tu crois au coup de foudre toi maintenant ?
– Peut-être bien que oui… encore une belle démonstration de ma naïveté.
– C’est donc être naïf que de croire en ce que peut nous offrir l’amour ?
– J’en sais trop rien. Je crois que je n’ai pas l’habitude en fait. J’ai toujours été la première à rire des gens amoureux, à les trouver faibles avec leur besoin quasiment vital d’aimer et d’être aimés, et il m’a fallu une simple conversation nocturne avec ce mec pour me rendre compte que ce même besoin existait aussi chez moi.
Tu sais, ça m’avait paru tellement incroyable qu’il m’écoute réellement raconter ce qui me pesait, ce que j’avais sur le cœur. C’était comme si… comme si c’était la première fois que ça m’arrivait. C’est stupide. Mais voilà, on se connaissait à peine et il m’a écouté parler de ce garçon qui me pourrissait la vie depuis trois ans de par son absence et son silence, mais qui se manifestait de temps à autre, quand l’envie lui prenait, comme ce même soir. J’ai toujours été convaincue du fait que je n’avais pas besoin d’être aidée, convaincue que je maitrisais la situation à la perfection, convaincue que j’étais malgré tout un cas désespéré. Et puis, Il est arrivé, Il a débarqué, Il est sorti de nulle part, un soir un peu froid, et Il m’a pris dans ses bras. Moi. La nana qui supporte le moins les contacts physiques et les marques d’affection. Je l’ai laissé m’écouter et me parler comme si lui faire confiance était une évidence. Je l’ai laissé me rassurer en me serrant contre lui,comme s’il me promettait que lui serait là.
– Tu parles de lui comme s’il t’avait sauvé la vie.
– En quelques sortes, oui. Ça peut paraitre ridicule, j’en suis consciente, mais je lui suis reconnaissante d’être à mes côtés. Tu vois, parfois, j’ai l’impression d’avoir été réveillée après des années d’un lourd sommeil, et de devoir tout réapprendre. Sauf que la différence aujourd’hui, c’est que je sens quelqu’un me tenir par la main, prêt à me rattraper si je venais à tomber en cours de route. En fait, je crois même qu’on avance ensemble. Je me trompe peut-être, mais de temps en temps, j’aime penser qu’il se plait à aller de l’avant avec moi.
– Et lui, il t’aime ?
– Il me semble que oui. C’est ça le plus dingue. Ça fait tellement longtemps que je n’ai pas aimé en étant aimée en retour. D’ailleurs, il n’a même pas besoin de me le répéter chaque soir, chaque jour.

Je le sais par ses gestes, ses actes, ses mots.
Je le sais, quand il devine à n’importe quel moment si j’ai envie d’un café.
Je le sais, quand il sait à quel moment j’ai quelque chose en tête.
Je le sais, quand il m’embrasse sans raison sur la joue.
Je le sais, quand il me dit que je suis belle.
Je le sais, quand il me fait danser tout contre lui.
Je le sais, quand il me regarde, longtemps.
Je le sais, aussi, quand il se permet de me foutre en pleine face les problèmes que j’essaie de fuir lâchement. Quand à trois heures il me dit en pleine rue que je me dois de laisser ce cartable bien trop lourd d’écolier bien trop sage derrière moi. Quand, une fois dans le noir, il me fait remarquer que j’intériorise beaucoup trop et que j’ai trop de colère enfouie au fond de mon petit ventre.
Je le sais, pour toutes ces choses qui font que même quand j’ai peur, même quand je doute et que j’ai envie de partir en courant par facilité, j’ai toujours cette petite voix qui me rappelle que je l’aime parce que lui est vraiment là.
Il m’a sauvé en me sortant de ma lâcheté, en éclairant un peu plus le chemin sous mes pieds. C’est un phare dans la nuit. Dans mes nuits. Celles où il m’arrive d’ouvrir les yeux dans un sursaut, avec la sensation d’étouffer, de sentir ma peau brûler, de ne plus pouvoir bouger. Depuis que je peux me lover contre lui, dans le creux de ses bras, la nuit tombée, je ne manque plus d’air dans mes songes, dans mon sommeil.
Il m’a sauvé en exposant mes vieux démons face à moi, et ce en ne desserrant jamais sa main accrochée à la mienne. On a les mêmes d’ailleurs, de démons. On se ressemble. Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose, mais il me fait me sentir moins seule et moins cruelle, ou dure envers moi-même

Ce garçon, c’est quelqu’un de bien. Un super-héros des temps modernes. Le mien. Il panse mon petit cœur-éponge. Il me fait du bien.

– Alors, c’est bien vrai.
Tu l’aimes.
Et tu n’as même pas réalisé que tu avais fait un énorme pas en avant.
– Tu crois ?
– Tu as laissé quelqu’un entrer dans ton monde. Tu l’as laissé toucher tes plaies, même les plus douloureuses, même les plus profondes. Tu l’as laissé te porter, t’aider, te sortir de ta peur d’aimer par simple peur de tomber. Tu l’as laissé devenir ton point d’ancrage. Sans te soucier du pire qui pourrait un jour arriver. Alors oui. Je le crois.
– Et je te crois.
– Dis-moi… il t’arrive de penser à… enfin, et si un jour, il partait ?
– Il me manquerait. Mais je me dirais que si c’est arrivé, c’est que ça devait arriver. Je ne te cache pas qu’il me manquerait. Sa présence me manquerait. Nos habitudes aussi. Nos réveils tardifs, nos blagues privées, nos câlins, nos fous rires, son sourire, nos journées à ne rien faire, nos prises de tête, nos dessins animés, nos soirées pizza, fast food, chocolat, pop-corn, film, nos petites bagarres dans le lit, ce genre de choses idiotes me manqueraient, parce que c’est lui et moi. Je crois en lui, en nous, mais parfois mes pensées divaguent vers cette éventuelle fin même si je sais que ça a tendance à lui déplaire quand je l’évoque. Ça ne me réjouit pas non plus de me l’imaginer, cependant, j’ai pris le réflexe de m’attendre au pire.
– Écoute, je te pose cette question parce que j’ai fini par me dire que l’amour était un peu comme un papillon ; joli, certes, mais éphémère. Le même papillon qui bat des ailes dans notre centre au tout début, à la naissance de l’amour. Et chaque naissance implique une mort, c’est la suite logique des choses.
– C’est ta suite logique. Je suis loin d’être experte, ni même la mieux placée pour te dire ceci, mais toi, ton problème, c’est que tu personnifies l’amour. Une erreur commise par beaucoup trop de monde. Tu lui donnes un corps. Tu lui donnes une vie. Tu lui donnes un pouvoir sur ton existence et sur ta manière de la gérer qu’il n’a pas. L’amour, ce n’est qu’un sentiment. Fort, je te l’accorde. Mais rien de plus. C’est ton corps, ton cœur, ton cerveau qui le créent. C’est à toi de l’entretenir et à toi de savoir s’il doit s’éteindre petit à petit. Ne l’humanise pas ; vis-le.

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2 thoughts on “Sushis, super-héros et nausées.

  1. L’Amour…je suis heureuse que tu puisses enfin t’ouvrir une nouvelle fois à lui. Il y’a tellement de clichés autour de ça, l’Amour, on passe automatiquement pour quelqu’un de niais, parfois même de naïf aux yeux de beaucoup de gens lorsqu’on se met à parler de “coup de foudre” de “grand amour” voir même “d’âme sœur”, beaucoup ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre. Beaucoup sont trop triste ou trop déçus aussi pour y croire. Mais je trouve toujours cela merveilleux ( sans en faire en trop ) quand j’entend / lis une personne qui parle de l’Amour comme tu le fait. J’ai juste envie de te dire de continuer à avancer dans cette direction là, avec lui, ça peut que donner de belles étincelles, qui elles même donneront un joli feu, qui durera plus ou moins longtemps, et comme tu le dis si bien l’important c’est de le vivre ! Ce qui va se passer dans quelques mois, dans un ans peu importe. Seul le présent compte, apprécie chaque instants c’est important.
    Encore un texte qui parle et qui touche, continues comme ça !

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    1. Ton message me touche beaucoup, en tout cas. Ça fait du bien de savoir que tout le monde n’est pas totalement pessimiste envers l’Amour, et je te remercie de tout ce que tu viens de m’écrire, sincèrement.

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