Petit Prince.

J’ai retrouvé un pendentif, hier, perdu sous d’autres bijoux sans grande valeur. Sur le pendentif, on peut voir le Petit Prince. C’était celui que tu m’avais offert, tu t’en souviens ?

C’est amusant, les voyages dans le temps, dans sa tête. On remarque que le temps qui passe a emporté une partie de notre immaturité, de notre innocence, de notre enfance. On se rend compte des erreurs ridicules que l’on a commises. On les regrette un peu, mais le présent a vite fait de nous changer les idées. Alors, on passe à autre chose, on vire cette pensée du passé.

Et ce soir, en rentrant chez moi, j’ai remarqué que le pendentif était toujours là, posé sur la commode où je l’avais laissé. J’aurais sûrement mieux fait de le ranger, de l’enfouir à nouveau, parce que mon esprit a divagué, une seconde fois. Je me suis surprise à penser au bracelet que je t’avais laissé en retour. Oh, c’était pas grand chose, tu t’en doutes, mais mon âme d’enfant l’aimait beaucoup. Mon âme d’enfant aimait beaucoup de choses, d’ailleurs. Ce bout de tissu, il avait toute une histoire. Vraie ou fausse, peu importe. Il en avait une. Et moi, je t’ai aussi laissé prendre ma petite histoire.

Je me demande ce que ça aurait donné si je n’avais pas été malade. Aurais-tu eu moins pitié de moi ? Je t’aurais fait autant de mal, tu crois ? Ou alors, c’était simplement dû à mon jeune âge, mais ça, tu n’as jamais vraiment voulu le comprendre.
Tu étais un idiot, et j’étais une garce.
J’en ai joué pendant un temps, je dois te l’avouer. Je voulais me venger, tu sais. Parce que tu restais sourd face à ce que je te criais, maladroitement, désespérément. Mais, crois-moi… j’étais jeune. Trop jeune.

Moi, je n’imaginais pas les choses comme ça. Moi, j’avais déjà du mal à me dire que j’étais une femme en devenir et qu’un jour, j’allais devoir faire attention à un choix : si je voulais être un corps ou un être humain à part entière. Avec toi, j’ai été un corps, plus souvent. Ne me mens pas. Je ne t’en veux pas. Mais ne me mens pas.
Moi, je voulais te tenir la main, te découvrir dans les moindres recoins de ton cerveau, pourquoi pas un jour parler de toi à mes parents, vivre les choses que l’on doit vivre normalement à cet âge-là.

Mais, encore une fois, je ne t’en veux.
Regarde-moi, je ne suis pas devenue celle que tu maudissais. Je ne suis pas devenue celle qui change de lit tous les matins, celle qui se défonce encore et toujours derrière un vieux bâtiment, celle qui ne sait même plus qui elle est.
Regarde-moi, je suis toujours là. Je me suis relevée, je me suis reprise en main, et ce à chaque fois, et ce à grâce à toi, grâce à tous tes mots durs, à tes paroles aussi brutales que tes actes.
Non, je ne t’en veux pas de m’avoir pris ça, ce que j’avais au fond de moi, comme si tu gagnais un trophée. Je ne t’en veux pas d’avoir profité de ma naïveté. Je ne t’en veux pas de m’avoir traité de tous les noms quand j’ai décidé de tout arrêter. Non, je n’étais pas une garce quand j’avais le malheur de m’imaginer vivre autre chose avec quelqu’un d’autre. Parce que j’avais seize ans. Parce que tu n’as jamais vu les marques, les ecchymoses, les plaies, que tu avais laissé sur et sous ma peau.
Non, je n’étais pas à toi.

Regarde-moi, Petit Prince. Tu as beau avoir tué mon innocence, je suis toujours en vie.

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