Masochisme romantique

– Tu n’abandonneras pas.
– C’est une question ou une affirmation ?
– C’est un ordre.

Oh, mon amour…

Mon amour, si tu savais. Si tu savais comme je n’ai pas envie d’abandonner, de baisser les bras, de dire “merde” à toi et à tout ce qui faisait de nous deux amoureux, deux amants si beaux, si frais, si proches et si destructeurs. Si tu savais comme j’ai envie de me regarder dans le miroir, les yeux dans les yeux, et de me dire “Ecoute Kitty, Justine, peu importe qui tu es, peu importe ce que tu es, tu es forte, tu es une battante, tu vas tenir bon et tu vas rester debout parce que t’es pas une perdante”.

Malheureusement, ce n’est pas le cas. J’aimerais que tu puisses me voir, mon amour. J’ai les yeux encore plus petits que d’habitude, ils sont presque clos. Ils sont rouges. Sensibles. Gonflés. J’ai trop pleuré. Je déteste ça, pleurer, mais je n’ai pas pu m’en empêcher. Je suis faible par rapport à toi. Je ne sais pas si tu as pleuré, toi, mais tu as au moins eu le courage (ou l’intelligence) de ne pas craquer devant moi. Même si j’aurais préféré, au fond. J’aurais au moins pu être réellement consciente du fait que tu m’aimais encore malgré tout. J’aurais peut-être mieux supporté ton absence et l’attente que tu m’imposais.

Ne profites-tu pas de la situation que je t’offre sur un plateau ?

Si j’ai tendance à prendre mes décisions sur des coups de tête, sans trop réfléchir ni penser aux conséquences, toi, tu réfléchis trop. Je ne sais pas si c’est un défaut ou non. Égoïstement, je répondrais que oui. Mais on sait tous les deux que, peu importe le choix que tu fais, tu t’en sortiras mieux que moi.

On m’a dit que je me relèverai. On m’a dit que je m’étais toujours relevée. Loin de moi l’envie de décevoir ces “on”, mais j’ai peur de ne plus avoir l’envie de me relever pour mieux avancer. Tu sais, j’aurais aimé que tu me rencontres deux ou trois ans plus tôt. Tu aurais été surpris. J’étais l’incarnation du j’en foutisme. J’étais prétentieuse, narcissique, égoïste, têtue, je savais tout sur tout, j’avais tout vu, tout vécu, j’avais réponse à tout et surtout rien dans mes réponses, mais j’avais toujours le point pour chaque mot et le mot pour chaque point. M’aurais-tu aimé ?

Et puis, je me suis apaisée. J’ai laissé l’adolescente conne, méchante, désagréable et un peu garce derrière moi pour laisser place à la jeune femme plus posée et plus adaptée à vivre avec les autres sans me faire haïr. Enfin, je le pensais. Je suis certes devenue plus posée, mais j’ai perdue toute notion de lien social, et globalement de sociabilité. Je me suis renfermée sur moi-même et j’ai fermé ma bulle à triple tour. N’entrez pas ou je vous tue. Ah ça, oui, s’il y a bien une chose que je n’ai pas perdue, c’est bien mes récurrentes envies de meurtre. T’ai-je déjà parlé d’un de mes rêves de petite fille ? Je voulais devenir tueuse à gage à une période. Mes parents auraient du commencer à s’inquiéter à partir de ce moment-là d’ailleurs… Mais, je m’égare. Mon amour, m’aimes-tu parce que je suis disposée à rester dans ton ombre, ou parce qu’inconsciemment, tu as senti que le volcan s’était juste endormi et demandait son éveil ?

Oh mon amour, j’attends aussi ton éveil, tu sais. J’attends que tu ouvres les yeux, et que tu regardes ta vie telle qu’elle est. J’attends que tu comprennes que tu ne t’entoures pas toujours des bonnes personnes, de celles qui te correspondent. J’attends que tu réalises que celles qui sont faites pour toi et qui sont là pour toi n’attendent que toi. J’attends que tu viennes me faire part de ton illumination quant à ton avenir avec moi. J’attends que tu prennes conscience de tellement de choses.

Au fond, nous ne sommes pas si différents. Tu ne t’exprimes pas plus que moi. Tu es aussi paumé que moi. Tu profites autant des choses et des gens que moi. Tu es aussi susceptible que moi. Tu te trompes aussi souvent que moi. Tu blesses aussi facilement, involontairement, que moi. Tu fais mine de te foutre éperdument de tout et de tout le monde en sachant pertinemment que tu chercheras toujours leur regard approbateur. Comme moi ?

Presque. Le soutien que j’attends, c’est souvent le tien. Une tierce personne aura beau m’offrir mille compliments et m’apporter mille conseils, je n’en ferai rien. Ce qui a toujours compté, c’était toi. Mais voilà…

Voilà qu’aujourd’hui, tu doutes. Encore.
Voilà qu’aujourd’hui, tu attends de moi que je te donne la preuve ultime et indéniable de mon amour pour toi.
Voilà qu’aujourd’hui, tu n’es plus sûr de moi ni même de mes sentiments.
Voilà qu’aujourd’hui, tu me laisses devenir une funambule médiocre, le néant sous mes pieds.
Voilà qu’aujourd’hui, tu as tout oublié.
Est-ce une vengeance de ta part ? Serais-tu devenu moi ? Parce que si je t’ai fait du mal, tu m’en fais tellement plus en retour.

Je vais te faire part de ma devise : Je pardonne, mais je n’oublie pas.
Si demain, tu trahis ma confiance, je te pardonnerai sans aucun doute. Une deuxième fois, une troisième fois, et ainsi de suite. Mais à chaque fois, je m’éloignerai un peu plus. Je serai là, mais plus comme avant. Et puis, un jour, je me serai tellement éloignée que je t’oublierai. Et tu ne seras plus rien. Mais je ne te haïrai pas. Je ne déteste pas les gens que j’ai aimé, ni même ce garçon insupportable qui m’a mené la vie dure de la maternelle jusqu’au lycée. Ne rien ressentir pour quelqu’un, c’est pire que la haine. Quand on est rien pour une personne, on n’existe pas pour elle. On n’existe plus. Et c’est effrayant. Enfin, tout cela est le récit qui suit cette devise en temps normal. Avec toi, je me suis toujours attachée un peu plus chaque fois. Parce que tu es différent des autres. Tu me ressembles. Tu vois, j’ai comme l’impression de ne pas avoir le droit de te laisser tomber. Pas toi.

” Mais qu’a-t-il donc de plus que les autres ?  me dira-t-on.

Laissez-moi vous répondre :
Ce garçon, il est capable de rendre ma mère jalouse. C’est déjà beaucoup. Et puis, une fois que tu as réussi à percer un peu plus sa bulle, tu réalises qu’il est encore plus beau qu’il ne veut bien le montrer. Il a beaucoup de mal à partager ce qu’il ressent. A montrer ses émotions. Avec lui, ça n’a pas toujours été chose facile. Il m’a rendu malade, il m’a rendu triste. Souvent, je savais qu’il ne me disait pas tout. Souvent, j’avais envie de l’étrangler quand il me prenait pour une idiote trop jalouse alors que lui et moi savions que j’avais mes raisons. Je l’ai haï aussi fort que je l’ai aimé.
Et puis, un jour, j’ai perdu espoir. J’ai été trop fatiguée de me battre contre du vent, de parler à un mur, de ne pas réussir à lire en lui tandis qu’il savait tant de choses sur moi. C’est horrible de se sentir aussi vulnérable face à la personne qui fait tout notre monde. J’ai baissé les bras, oui, cette fois-là. J’ai abandonné mon amour. Et j’ai pensé que vivre une vie qui ne me ressemblait pas me permettrait de le rayer définitivement de ma vie. J’ai écouté diverses personnes tenter de me conseiller sur ce que je devais faire ou ne pas faire, sur ce que je devais penser de lui. Mais je n’arrivais à rien d’autre qu’à penser à lui comme s’il allait revenir, alors que je savais que c’était impossible que ça marche. Il me l’avait dit :

” On n’est sûrement pas fait pour être ensemble “.

Oh amour, tu ne pourras pas me reprocher d’être trop insistante devant ton attente interminable et ton énième doute. Je n’attends pas forcément que tu me dises que nos routes ne se sépareront pas maintenant, j’attends simplement que tu me dises quoi faire, avec ou sans toi.

Tu ne pourras pas non plus me reprocher d’avoir envie d’abandonner. Je t’ai toujours écouté, jusque là. J’ai toujours été obéissante. J’ai toujours suivi tes conseils, tes recommandations. Mais la petite fille en moi, elle respire plus. Elle se noie. C’est comme si le petit garçon appuyait sur son crâne pour l’enfoncer encore un peu plus dans la mare dans laquelle on patauge.

Je t’aime, amour, mais ne sois pas aussi égoïste que j’ai pu l’être avec les gens que je n’aimais pas.

Et je ferais lever le soleil en pleine nuit pour que tu n’aies plus jamais peur de te perdre.

 

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