Tu es plus précieux pour moi que tout le reste du monde mis ensemble.

Jeudi 13 Octobre 2016

Trésor,

Je ne t’écris jamais. Je ne pose jamais de mots sur toi comme je le fais pour mes douleurs et tracas. On pourrait croire que, contrairement à eux, tu es irréel. Parfois, je me pose aussi cette question. Tu sembles venu d’ailleurs, sorti de nulle part. Il m’arrive, de temps en temps, de faire un arrêt, de figer le temps et l’espace pour m’assurer que tu es bien là, devant moi. Ainsi, je te redécouvre perpétuellement. Et mon cœur s’emballe dès que le monde me crie que tu existes.

Tu existes parce que je meurs ne pas réussir à t’écrire.

Je t’écris à la terrasse d’un café, trésor. Semblable à l’une de celles où nous aimons nous asseoir pour boire un café ou une bière, selon le temps, selon l’heure. Tout est identique. Tu n’es juste pas là. Donc tout m’est étranger. C’est toujours plus simple avec toi. Plus rien n’existe quand je t’ai près de moi. Comme si nous nous enfermions dans une bulle impénétrable, increvable, pour n’exister que comme un être. J’ai l’impression d’être plus forte, quand tu es là.

Il y a un couple, assis à la table juste devant moi. La jeune femme regarde son amant d’un air épris. Je crois qu’elle est amoureuse. C’est amusant, car dès qu’elle tourne la tête ou qu’elle sirote sa tasse de thé, le jeune homme la dévore du regard. Là, comme ça, discrètement, juste quelques secondes, un bref instant intense. Et puis, elle repose sa tasse, le regarde à nouveau, mais ses yeux à lui sont déjà posés ailleurs. Je crois qu’il l’aime aussi.

C’est amusant de constater ma vision actuelle de ce couple. Je les envie pour le moment présent qu’ils vivent, je les observe avec tendresse, je les trouve beaux, comme si l’amour qu’ils se portaient avait le pouvoir de se transmettre à tout ceux qui les croiseraient du regard. Peut-être est-ce simplement parce qu’aujourd’hui je t’aime, tout comme je t’aimais hier, mais beaucoup moins fort que je ne t’aimerai demain.

Trésor, tu manques à moi. Toujours, à peine t’ai-je quitté que j’ai déjà hâte de te retrouver. Je t’imagine souvent à mes côtés, dans mes moindres péripéties plus ou moins intéressantes. Quand je cuisine, quand je dors, quand j’écris, quand je pense. Je t’imagine juste là, vacant à tes occupations, et je te vois venir m’embrasser sur la joue, par moment, comme tu le fais parfois. Souvent. Tout est douceur, avec toi. Le simple fait de penser à ton existence revient à m’envelopper dans un cocon. Naïvement, je compare ton amour à un nuage. Ou à de la barbe à papa, par gourmandise.

J’en mangerai bien, d’ailleurs. Ça me fait penser aux glaces que nous mangions, sur cette terrasse de café, aux dernières chaleurs de l’été. Il est désormais fini depuis quelques temps, et nos balades à vélo aussi. Pourtant, je me plais toujours à m’asseoir en terrasse, un café bien chaud entre les mains. Je peux regarder les gens qui font de même, et ceux qui passent sans s’arrêter. J’ai beau ne pas les aimer, ils n’ont de cesse de m’intriguer. Toi aussi, tu m’intrigues. Mais, comme Chimène dirait à Rodrigue, toi, “je ne te hais point”.

Un vieux monsieur vient de s’installer à une table à ma gauche. Il a commandé un café serré. Je peux voir le temps passé à vivre sur son visage. Il est très marqué. C’en devient magnifique à regarder, mais pas trop longtemps. Je ne voudrais pas qu’il me remarque. Je me demande s’il a une épouse. Je me demande comment était-il, plus jeune. Peut-être était-il très beau garçon. Peut-être même était-il un tombeur. J’essaie de l’imaginer lorsqu’il avait mon âge ; c’est difficile. Une question me vient en tête. Admettons qu’il soit marié, et ce depuis longtemps maintenant, crois-tu qu’il est aussi amoureux qu’au premier jour ? Crois-tu seulement qu’il pense au fait d’être amoureux ? Est-ce devenu une sorte d’habitude, un sentiment qui devient une chose quotidienne, commune ? Est-il réellement possible de s’habituer à l’amour ? C’est vrai, après tout, c’est tellement fort, tellement passionné, parfois tellement destructeur. Ça donne l’impression de vivre différemment, voire de vivre à nouveau. Comme si les cieux nous offraient une chance de goûter au poison d’Ève.

J’ai les doigts froids. Si tu étais là, tu essaierais de les réchauffer par n’importe quel moyen. Ce serait inutile, mais tu essaierais quand même. Ça ne m’embête pas de sentir ce froid du bout des doigts, ce qui me dérange, c’est d’écrire. Je ne veux pas m’arrêter. Je veux t’écrire, je veux te faire connaitre de tous, les rendre jaloux, leur dire que je le mérite aussi. Qui pourrait avoir connaissance de ton existence, aujourd’hui ? On doit penser à travers mes maux posés sur papier que je ne suis que chagrin, alors que je me damnerais pour tes beaux yeux. Je veux t’écrire pour que tu existes.

Trésor, c’est toi qui me donne ce surnom. Il m’arrive de te comparer à un alien, comme si j’étais persuadée que tu n’étais pas de cette planète. Tu es arrivé quand je sombrais, quand le monde m’apparaissait gris, fade. Tu es lumière quand je suis brume. Tu es la main à laquelle je m’accroche quand je me sens glisser. C’est comme si nous escaladions une montagne et que lorsque tu m’empêchais de tomber, je faisais tout pour te pousser toujours plus haut. Plus tu grimperas, mieux tu m’aideras. Je vois ça comme ça. Tu m’as beaucoup apporté sans même le réaliser. Tu es devenu une ancre qui me rattache à la réalité, qui me retient de fuir, qui me pousse à me surpasser, qui m’empêche de tout faire foirer.

Vois-tu l’intérêt que tu me portes ? S’il peut te sembler si naturel et anodin, il représente tellement plus. Tu me fais exister. J’ai le sentiment de vivre, à travers ton regard. Quand tu le poses sur moi, je sens tout mon corps vibrer. Tout devient plus calme, plus apaisé, plus doux, plus chaud, plus sucré. Tu me fais être moi avant d’être à toi. Et c’est ce qui me rend si fière d’être tienne, c’est ce qui me donne autant envie de dire que je t’aime.

Je t’aime quand tu parles avec passion de ce qui te fait vivre.
Je t’aime quand tu râles.
Je t’aime quand tu joues.
Je t’aime quand tu souris.
Je t’aime quand tu t’endors.
Je t’aime quand tu m’embrasses.
Je t’aime quand tu t’agaces.
Je t’aime quand tu prends le temps de m’expliquer des choses, de m’en apprendre d’autres.
Je t’aime quand tu me fais partager ton monde.
Je t’aime quand tu te sens bête.
Je t’aime quand tu marches sur la pointe des pieds comme un petit garçon.
Je t’aime quand tu parles de toi.
Je t’aime quand tu essaies de me faire parler de moi.
Je t’aime quand tu m’écoutes.
Je t’aime quand tu crois en moi.
Je t’aime quand tu me murmures que je n’ai pas à avoir peur de toi.
Je t’aime quand tu me serres fort contre toi.
Je t’aime quand tu te colles contre moi dans ton sommeil.
Je t’aime quand tu m’enlaces au réveil.
Je t’aime quand tu poses tes yeux clairs sur moi.
Je t’aime quand tu ris.
Je t’aime quand tu es fatigué et que tu te frottes les yeux avant de me faire un petit sourire d’enfant.
Je t’aime quand me demandes si je vais bien.
Je t’aime quand tu veux connaître mon monde.
Je t’aime quand tu m’aimes.

Trésor,

Il fait froid ce matin, sur la terrasse de ce café, mais à l’intérieur, au fond de ma poitrine, je sens une sorte de chaleur. Je sens mon être se remettre en marche. Un peu grâce à toi. Beaucoup, même.

Souvent, je me sens comme une vieille lampe de chevet cassée que tu as choisi de réparer. Alors, désormais, laisse-moi t’éclairer pour que tu ne te perdes jamais.

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