Ode à mon corps, essai.

Et si ma foi s’était éveillée pour se soumettre à la divinité commune, aurais-je ressenti le besoin mortel mais vital de sceller un pacte d’amour, de chair et de passion avec les pires infamies des ténèbres, qui aujourd’hui s’immiscent en moi afin de ronger chaque infime parcelle de mon corps froid et difforme ?

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– De quoi parlez-vous ?
– De l’entité dans laquelle j’existe.
– Votre corps ?
– Si vous l’appelez comme ça.
– Pourquoi est-ce toujours aussi conflictuel, entre lui et vous ?
– Mon corps et moi, c’était plus simple quand nous étions petits. Je ne faisais pas attention à lui, je vivais avec mais il n’était rien de plus qu’un corps que je me permettais de cogner dans quelques meubles ou d’écorcher contre le sol. C’est idiot de grandir. On finit par ressentir le besoin d’être parfait, aveuglé par des images que l’on nous colle en plein devant les yeux, et notre corps devient une obsession. C’est ce qu’il est devenu pour moi. J’exècre ce qui m’obsède.
– Vous ne prenez pas soin de votre corps ?
– Pas vraiment. S’il souffre, je reste sourde à ses plaintes. S’il saigne, je ne le panse pas. S’il se brûle, je ne le soulage pas. S’il se meurt, je ne le sauve pas. Mon corps est devenu une entité à part entière. Il vit indépendamment de mon esprit. Et ce dernier est si lourd, si imposant, qu’il a pris le dessus sur ce corps. Il est devenu trop gros pour lui. C’est drôle, mon esprit occupe toutes mes pensées. Ma santé mentale a plus d’intérêt pour moi que ma santé physique.
– Est-ce donc pour cette raison que, pendant votre hospitalisation, vous n’avez informé les infirmières de vos bleus sur la colonne vertébrale seulement trois semaines après leur apparition ?
– Oui. C’était douloureux, mais ça ne m’inquiétait pas plus que ça. Je me fiche de mon corps et de ce qu’il peut ressentir. Mon corps est mort depuis trois ans maintenant.
– Comment est-il mort ?
– On l’a tué de l’intérieur. Parfois, c’est comme si je sentais encore mes organes mourir, se décomposer, mes membres se séparer les uns des autres, j’ai la sensation de sentir des insectes qui me dévorent sous la peau. Ça devrait m’impressionner, m’effrayer même. Mais ça ne me fait rien. Ce n’est plus mon corps. C’est mon ennemi.
– Pourtant, votre corps continue de changer.
– Il nie sa mort. Il veut continuer de grandir quand ma tête veut elle aussi en finir. C’est épuisant.

Je crois que mon corps m’en veut. Passé d’allié à ennemi, j’ai voulu le faire maigrir le plus possible pour disparaître aux yeux des autres, il s’est transformé en obsession et aujourd’hui, il se montre plus gros qu’il ne doit l’être pour me rendre coupable de mes faits. Je nourris une haine de ce corps que j’ai détruit à trop vouloir le chérir, et que je torture aujourd’hui pour le rendre enfin beau. A trop lui porter d’attention, j’en ai fini par me perdre de vue. Je me suis perdue. Et aujourd’hui, je nous hais.

Je sais ce qu’il a vécu, je sais ce qu’il vit et je crains ce qu’il vivra.

 

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2 thoughts on “Ode à mon corps, essai.

  1. J’espère que tu réussiras à te le réapproprier. C’est si dur, de se détester, de s’obséder de lui. Tu ne te résumes pourtant pas à lui. J’espère qu’il réussira à être un compagnon de route – un sympa, blagueur mais pas trop bruyant, râleur mais ne tirant pas toute la couverture sur lui. Je te le souhaite.

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  2. Ce soir je vous quitte
    Je quitte la rive et les gens,
    Depuis mon île politique
    Je prend l’exil des corbeaux blancs

    Alors ce soir je vous quitte
    Pour la force des puants,
    Je suis sale et plein de tiques
    Je prend l’exil des corbeaux blancs

    Je suis la courbe bleue tangible
    Je suis l’herbe et le vent,
    Tant mieux si ce soir je vous quitte
    Je prend l’exil des corbeaux blancs

    Tais-toi ce soir si je vous quitte
    De cette fièvre romantique
    Je rends ma couronne à vos dents
    A vos mâchoires robotiques
    A vos ventres de géants

    Je sais que ce soir je vous quitte
    Je vous le dis encore vivant,
    Je reviendrai pas des cimes
    De là où la neige se pend

    Je ne sortirai pas des lignes
    Tracées par le corbeaux blancs
    Si d’en bas vous me faites un signe j’oublierai les liens du sang

    Pour qu’une pluie d’atropine
    Perce vos yeux de déments
    Brûle vos maigres rétines
    Je prends le nuage de corbeaux blancs

    Pour qu’une pluie d’atropine
    Perce vos yeux de déments
    Moi je suis nu qu’on soit quittes
    Je suis devenu corbeau blanc

    Ca y est ce soir je vous quitte…

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