Et l’univers nous créa.

Elle leva les yeux au ciel pour observer les étoiles. Il faisait frais, suffisamment pour se laisser aller à des tremblements qui prenaient tout le corps pendant un instant.  Il lui prit la main.

– Une nuit, j’ai pu assister à une pluie d’étoiles filantes. J’ai fait mille et un vœux. Mais je n’avais pas pensé que la plus belle chose qui puisse m’arriver était en fait juste devant mon nez depuis tout ce temps.

Elle parlait évidemment de lui. Il le savait. C’était ainsi, ils n’avaient pas besoin de grandes déclarations pour savoir ce qu’hurlaient leurs pensées. Ils s’aimaient comme si l’univers les avait crée pour ne faire qu’une seule et même personne. Ils se complétaient tellement qu’ils en devenaient insupportables pour les autres. On ne les comprenait pas, ils étaient étranges, bizarres, anormaux, hors du commun. Ils étaient amoureux, un peu alcoolisés,  mais heureux, ce soir-là.

J’ai eu la chance de les connaître. Ce jour-là, ils ne s’éloignaient jamais l’un de l’autre. Il la tenait par la main, par la taille, lui touchait les cheveux, elle le tenait par le bras, ils ne se lâchaient pas et cela semblait normal. L’un sans l’autre, ils n’étaient plus rien. Du moins, c’est l’impression qu’ils donnaient.

Lui était grand, fin les cheveux bruns attachés en une queue de cheval, des lunettes sur le nez, les joues creusées. On ne savait jamais vraiment si on pouvait aller l’aborder sans crainte, il semblait toujours être ailleurs, et c’est ce qui lui plaisait énormément, à elle.

Elle, d’ailleurs, était plus petite que lui, tout aussi fine, les cheveux courts avec une mèche qui lui cachait souvent son œil gauche, un visage enfantin. Elle paraissait timide face au monde, les yeux souvent baissés ou le regard dirigé vers lui. Il était comme son pilier, son point de repère.

Ensemble, ils avaient su se créer une armure qui les protégeaient des malheurs du monde, des douleurs du cosmos. Ensemble, ils étaient inarrêtables et époustouflants. Ils semblaient maîtriser chaque code social, dominer chaque obstacle, échapper à chaque piège. Ils me donnaient envie de me lamenter sur mon sort lorsque je les voyais ensemble.

Mais tout n’était pas rose. Personne n’aurait eu le droit de leur retirer cette union, parce qu’ils étaient des astres parmi le désastre de leur vie.

La vie ne leur avait pas toujours donné les cuillères en argent que le peuple attend la bouche ouverte. Ils étaient couverts de secrets qu’il était parfois difficile de mettre à jour, malgré tout l’amour et toute la confiance qu’ils se portaient. Ils auraient pu tout plaquer du jour au lendemain et partir ensemble sans savoir où aller, mais ils refusaient de trop se dévoiler. Lui parce qu’il craignait de voir ses propres faiblesses se retourner contre lui, elle parce qu’elle redoutait la réaction de son amant face à ses mystères. Ils étaient idiots, sûrement.

Et ce soir-là, en regardant les étoiles briller dans l’obscurité, elle réalisa toute la chance qu’elle avait enfin.

– C’est effrayant de constater que tu es devenu ma seule force. J’ai envie de m’en sortir pour toi, j’ai envie d’y arriver grâce à toi. Parce que je suis toi, et parce que tu es moi. Parce que je ne veux pas que tu souffres de mes cicatrices invisibles, dit-elle en caressant celle sur la main de son compagnon. J’ai longtemps eu peur d’être moi, peur d’assumer mes déviances, peur de laisser mon mal-être s’exprimer. Mais avec toi, depuis que tu es là, c’est devenu une sorte d’évidence. Peut-être est-ce donc ça, notre destin. Se retrouver perpétuellement parce que tout l’univers aura fait en sorte que nos chemins se croisent constamment, parce que c’est ainsi fait,  nous sommes liés par une chose imperceptible qui nous maintient l’un contre l’autre. Je ne croyais pas au destin jusqu’à toi. Parce que ça me rassure d’y croire, ça me réconforte dans mon idée que je ne suis pas seule, et que l’autre partie de mon âme, celle que je ne sens pas, est bien dans le corps d’un autre.

– Je n’ai pas peur de toi, répondit-il. Je ne veux pas avoir peur de toi, ni craindre ce que tu pourrais me faire. Je sais que tu ne me feras jamais du mal, je sais que tu n’auras pas la bassesse d’user de mes failles pour me mettre plus bas que terre. Peut-être est-ce parce que je t’ai connu dans une autre vie. Je ne sais pas si nous avons le droit à plusieurs vies, nous. La notre est déjà bien chaotique, alors si nous devions en avoir d’autres, qu’est-ce que ça donnerait ? Et puis, après tout, une seule vie est déjà bien assez longue et éprouvante, ça me suffira. Surtout si je la passe avec toi.

– Jusqu’à la fin ?

– Jusqu’à la fin.

Ils ne savaient pas de quelle fin il parlait. Mais ce serait le cas. Jusqu’à ce qu’il y ait une fin. C’était tout ce qui comptait. Leur confiance en eux quand ils étaient main dans la main était tellement décuplée qu’ils ne redoutaient plus rien. Pas même le terminus de la gare. Pas même l’atterrissage de l’avion. Ils savaient éperdument que peu importe les obstacles, peu importe les aléas de l’existence, ils se retrouveraient toujours sur le même bateau.

Parfois, ils me semblaient si irréels que je me demandais si je n’étais pas en plein songe. Étaient-ils réellement en vie ? Si oui, comment supportaient-ils le poids de la vie elle-même ? Leurs épaules étaient si maigres, ils ne pouvaient tolérer que les pleurs de chacun. Certains ont pensé que c’était justement leur force. D’autres ont pensé qu’ils étaient bien trop faibles pour continuer à avancer sans trébucher, sans chuter, sans se fracasser les dents sur le béton humide. Bien qu’au final, peu de personnes parlaient d’eux.

Ils étaient enfermés dans leur monde, exclus du reste de la planète, trop inconcevables pour les autres. Ils vivaient dans une bulle qui les éloignait de tout, et cela avait l’air de les satisfaire. Ils se complaisaient ainsi, dans leur confort à deux.

Il pensait pour elle, elle voyait pour lui.

Il expirait, elle inspirait.

Il faisait un pas, elle en faisait un autre.

Il riait, elle le dévorait du regard.

Elle riait, il l’épousait dans sa tête.

Il sautait dans le vide, elle s’accrochait à lui.

De toute manière, ils ne pouvaient pas mourir.

Les belles histoires qui se passent sous un ciel étoilé n’existent que dans ma tête. A moins que.

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