Face au miroir.

Ce matin, quand je me suis regardée dans le miroir, je n’y ai pas vu le même reflet que d’habitude. C’était bien moi, mais plus jeune. Plus innocente. Plus insouciante.

La petite moi me regardait méchamment, comme si je lui avais fait un mal intense et violent. Je lui ai demandé ce qu’elle faisait là. Ce que je faisais là. La petite moi a répondu qu’elle était là pour que je cherche à me voir réellement.

– Tu déçois tout le monde, Justine. Tu te déçois toi-même, pour preuve : tu refuses d’être toi-même. Tu te caches derrière des alters qui ne sont pas toi. Kitty, Jake, peu importe, dans le fond, tu restes la même. Une sale gamine qui n’a rien réussi, si ce n’est à se faire haïr par la Terre entière.

– C’est faux. Tu mens.

– Pas plus que toi. Tu te mens constamment à toi-même, tu refuses de voir la vérité en face. Tu refuses d’accepter que tu es devenue un déchet, parce que t’as rien fait pour empêcher ça. Tu t’es laissée traîner vers le bas. Mais au moins, t’as fait ça comme une grande. Tu m’as déçu aussi. Je ne devais pas devenir ce que tu es. Je n’étais pas censée descendre l’échelle sociale, je n’étais pas censée devenir une pourriture incapable de réfléchir par soi-même, incapable de prendre des décisions rationnelles, incapable de vivre comme il se doit. J’ai tout fait pour qu’on devienne de bonnes personnes et t’as tout gâché parce que tu te mens à toi-même, et parce que tu nies tout. Tu ne vois que le mal qu’on t’a fait et tu te renfermes dans l’idée que vivre loin des autres est la meilleure chose pour toi. Tu es ridicule, regarde-toi, dans tes vêtements soit trop grands, soit trop beaux pour toi. Tu mens à travers ton apparence, tu veux faire croire que tu es quelqu’un de bien alors que c’est totalement faux. Tu n’es rien d’autre qu’une sale gosse qui a pris le mauvais chemin, qui a tout foiré. Et tu ne peux t’en prendre qu’à toi.

– Pourquoi me dire tout ça ? Tu crois que je ne le sais pas déjà ?

– Si tu le savais, tu ferais quelque chose pour t’en sortir, pour te relever, pour aller de l’avant et pour donner une quelconque forme à ton existence. Regarde tes parents, même eux tu les déçois, ils ne te reconnaissent plus, ton frère t’évite, ta sœur se voile la face, tes amis ne sont plus, tu es plus seule que jamais et tu te complais là-dedans comme si c’était tout ce que tu as toujours voulu.

– Qui te dit que je me déplais dans ma vie ?

– Tout. Tout me le dit. Ton âme le crie.

– Mon âme, quelle belle connerie. L’âme, c’est bon pour les poètes, pour les écrivains. L’âme, c’est bon pour les rêveurs. Je ne suis rien de tout ça, plus maintenant du moins. J’ai abandonné ce monde, et j’assume cet acte. J’ai laissé derrière moi mes rêves de grandeur, et mes rêves tout court. Parce que la vie n’est pas un rêve, parce que je ne vois pas pourquoi je me permettrais de rêver quand on me fait comprendre que tout ce que j’avais prévu pour mon avenir est vain et bon à mettre aux ordures. J’ai tout gâché, oui, il ne me reste plus rien, je te l’accorde. Mais j’assume. Et je ne changerai pas. Parce que je n’ai pas envie de changer pour ensuite réaliser que, dans tous les cas, tout ne sera qu’un grand échec. Je suis un échec vivant. Mes actes sont des échecs complets. Mes pensées ne veulent plus penser à ma peur de l’échec. Alors je me perds dans d’autres mondes, je me perds pour oublier que je ne pense plus, je me perds parce que je n’ai plus la force ni le courage de faire face à mon existence. Tout ça, tout ce que je n’ai plus aujourd’hui, je ne l’ai jamais voulu. Je suis bien la première à savoir quels étaient mes rêves, mes envies, mes valeurs, et je suis la première à avoir vu l’incendie ravager chaque infime chose devant mes yeux noyés de larmes. Alors ne me fais pas la morale, je n’ai pas besoin de ça, je suis suffisamment consciente.

– Tu as toujours été suffisamment consciente. Mais pas suffisamment pour (ré)agir. Ce n’est pas faute d’avoir forcé le destin pour faire venir sur ta route des gens qui ont essayé de te faire sortir de ta torpeur. Mais non, tu as toujours été têtue, et tu as refusé leur aide, tu as évité la confrontation, tu t’es contentée de les envoyer balader pour qu’ils te foutent la paix. Est-ce donc tout ce que tu veux ? Que les gens te foutent la paix ? Mais rassure-toi, ma grande, ce sera très vite le cas. Un jour, les gens te laisseront tous tomber et là tu te retrouveras seule. Abandonnée. Comme dans tes cauchemars. Et tu comprendras que tout ceux-là n’étaient qu’un avertissement.

Et puis, mon frère a frappé à la porte de la salle de bain. La petite moi était partie. J’étais à nouveau face à mon reflet immonde et décevant.

Je me suis enfuie dans ma chambre pour cacher ma rage. Ou ma peine. Je ne sais même plus différencier mes émotions, tout n’est qu’un grand bordel, tout est si mal organisé, je suis devenue incapable de gérer ce qui bout au fond de mon être.

De nouveau face à un miroir, cette fois celui de ma chambre, je regarde mon corps. Moi qui suis toujours la première à dire que la beauté est un concept à bannir de son esprit, je suis aussi la première à me trouver horrible. Je vis dans un corps flasque, gros, difforme, et je n’ai aucune idée de comment le quitter. Alors j’essaie de disparaître, en perdant le plus de poids possible, malgré ce que mon psychiatre me répète sans arrêt : “maigrir ne vous fera pas disparaître, ça ne vous rendra pas invisible, ça ne fera qu’attirer l’attention sur vous”. 
Au fond, je sais qu’il ne comprend juste pas. Plus je maigris, plus je me libère d’un poids. Et plus je me libère d’un poids, plus je disparais de la surface de la Terre.

Allongée sur mon lit, je pense à toutes les personnes que j’ai déçues. Et si je ne m’excuse pas, c’est parce que je n’existerai bientôt plus.

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One thought on “Face au miroir.

  1. Miroir…
    Tu es le portait des traces de mon passé,
    Tu es l’aboutissement de mon visage flétri par les années de souffrance,
    Tu es la conséquence de mes cicatrices cachées,
    Tu es la conclusion de tous les orages que j’ai éprouvé.

    Miroir…
    Je suis seule avec mes doutes et mes tourments,
    Face à toi je ne me reconnais pas,
    Je renvoie une mine à faire peur, des traits saillants,
    Face à toi je vois le reflet de mon désespoir.

    Miroir…
    Mon visage est l’empreinte de mes ressentis modelés par mes émotions déformées par mes peurs,
    Je suis aveuglée parce que je me vois tantôt belle et tantôt laide,
    J’ai l’impression d’être une étrangère,
    Face à toi j’ai besoin de savoir qui je suis.

    Miroir…
    Je vois mon visage et le reflet de mon existence,
    Je découvre mon masque d’ombre de mon passé,
    J’affiche une mine non satisfaite de ce que j’aperçois,
    Face à toi je renvoie mes rêves les plus intenses.

    Miroir…
    Je devine mes craintes, mes souffrances et mes joies,
    Je me sens sale, je me dégoûte et je me fais peur,
    Je ressens mon chagrin,
    Face à toi je perçois mes cauchemars de mes nuits.

    Miroir…
    Je cherche au fond ma jeunesse égarée,
    Je désire savoir les messages et les questions de mon existence que pose le reflet de mon visage,
    Je découvre les marques du passé qui se sont installées chaque jour doucement,
    Face à toi je décèle que tu es le souci de mon existence et le trouble de moi-même.

    Miroir…
    Je démasque que tu es le vertige de mon âme perdue,
    Je restitue l’apparence de mon empreinte,
    J’ai peur de mes pensées et de mes illusions,
    Face à toi j’essaye de comprendre tout ce qui m’habite.

    Miroir
    Je détecte que tu es ma source de réflexion,
    J’entrevoie que tu m’invites à méditer,
    Je suis affolée quand je contemple mon visage,
    Face à toi j’ai peur de me regarder.

    Miroir…
    Je hais ces mille facettes où je me regarde en tête à tête avec moi-même,
    Je comprends que tu es la clé de mon existence entre le monde extérieur et mon âme meurtrie,
    Je vois un portrait où ma conscience se heurte,
    Face à toi je reste là bouche bée.

    Miroir…
    Je suis toi comme un moment de mon passé,
    Je suis toi-même comme un moment du présent,
    Je suis attirée quand je passe devant toit malgré cette peur au ventre,
    Face à toi je recule devant ce masque de moi-même.

    Miroir…
    Je te sens mystérieux, attirant, désœuvré et profond,
    Je sais que tu es mon reflet de mon existence,
    Je recule devant ce profil de moi–même en ayant peur ou peur de savoir qui je suis ?
    Face à toi je me pose cette question : qu’est ce que cela veut dire ?

    Miroir…
    Je voudrais une fois t’oublier pour me glisser dans les yeux des autres,
    Afin de savoir ce que les gens pensent de moi,
    Face à toi je renonce à la réalité,
    Je vois l’horreur de mon existence quand j’ouvre mes yeux,
    Face à toi je crois que t’es que moi ou mon moi.

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