Ne laisse pas un passé sombre te rendre moins lumineux.

Le 28 juin prochain, je pourrai dire “il y a pile un an, j’entrais à l’hôpital psychiatrique”.

J’ai pensé que c’était ma fin. J’ai pensé que j’avais touché le fond du trou et que c’en était assez pour moi, que c’en était assez de moi. Je n’existais plus, je me suis éloignée du monde, je ne voulais plus rien, je ne souhaitais plus rien, si ce n’est mourir à la limite. Aujourd’hui encore, certaines peurs sont encore présentes. Mais j’ai grandi. Je me suis rendue plus forte. Et pourtant, ça n’a pas été un jeu d’enfant.

En sortant de l’hôpital, je ne reconnaissais plus mon “chez-moi”. C’était un endroit étranger où je n’avais aucun droit de me trouver. Ma famille, me portant un soutien si grand, me paraissait comme lointaine, voire inconnue. Je ne les reconnaissais plus, je ne me reconnaissais plus. J’avais l’impression d’être le mouton noir de la famille. Celle qui avait échoué. Celle qui n’avait pas su supporter le poids de la vie du haut de ses petits dix-huit ans.

Pendant des mois et des mois, j’ai enchaîné les rendez-vous chez les psys, j’ai avalé des cachets à foison, j’ai pleuré, j’ai voulu crever, sauter d’un pont ou passer sous un camion. Qu’est-ce que je faisais sur terre ? N’y avait-il pas un être qui méritait plus sa place que moi ? Je n’étais rien, je n’avais rien, je ne faisais rien, en soi, j’étais inutile. Je passais mes journées à dormir pour échapper à la réalité. Pour fuir le monde qui m’entourait.

C’est un sentiment étrange d’être considéré comme un “malade”. On me surprotège, mais en même temps, on ne sait pas comment se comporter en ma présence. “Dois-je la prendre dans mes bras ?”, “Dois-je la laisser tranquille ?”. Certains ont fait simple, ils m’ont juste oublié. D’autres sont restés, un peu dans l’ombre, ils avaient toujours un petit œil sur moi. Au fond, je crois que c’est ce qui me permettait de ne pas passer à l’acte. Je ne voulais pas décevoir encore plus de personnes. Je n’avais pas le droit de faire souffrir. Je devais juste continuer d’exister dans un corps que je haïssais et attendre qu’un quelconque dieu au-dessus de nos têtes décide que mon heure serait arrivée. Elle ne s’est jamais manifestée, cette heure. A croire que même là-haut, il ne voulait pas de moi.

J’ai écrit aussi, beaucoup. Comme un exutoire, comme un remède miracle. J’écrivais que j’avais mal dans mon corps, mal dans mon cœur, mal dans ma tête, mal dans mon être. Parfois, je déchirais ce que je grattais sur le papier. Parce que ça me semblait irréel. Comment ça avait pu arriver ? Comment moi, une enfant si simple et qui n’avait rien demandé, avait pu se retrouver dans une chambre d’hôpital aux murs tristes et blancs, à manger en compagnie d’autres malades, souvent plus malades que moi.

On pourrait dire que je ne suis pas à plaindre, que j’ai deux bras deux jambes la vue et la parole. Comme si la souffrance intérieure comptait moins que les douleurs physiques. Je n’ai jamais demandé qu’on me plaigne, à vrai dire. J’ai toujours fait en sorte de dire aux gens que ça allait, que je me sentais mieux, que je m’en sortirais. Parfois on me croyait, parfois non. Souvent, même. Mais on me le disait rarement, comme pour ne pas me froisser, comme pour ne pas m’enfoncer.

Merci, pour ça.

Quand je repense à ce que j’étais, à ce moment-là, j’ai comme une envie de sauter dans le temps pour me foutre une bonne claque et me supplier de me réveiller, de sortir de ma torpeur, de tout faire pour m’en sortir le plus rapidement possible, de ne pas rester aussi longtemps dans un état d’inconscience aussi dramatique. J’aurais aimé pouvoir m’aider, seule. Je ne voulais pas de leur aide, à eux, les médecins. “Je n’en ai pas besoin”. C’est ce que je me disais, au fond de moi. Je prenais leurs foutus cachetons, c’était déjà bien assez. Je n’avais pas besoin de ressasser les pires moments de ma vie pour à chaque fois fondre en larmes devant un inconnu qui disséquait mon cerveau et mon passé.

Mais j’en avais bien besoin. Encore aujourd’hui, j’en ai besoin. Je le reconnais, j’ai besoin d’aide. Et c’est un grand pas que de l’admettre. Ce n’est pas une honte de dire “j’ai besoin d’aide”. Ce n’est pas une honte de chuter, même si on tombe bien trop bas pour les autres. Les autres, on s’en branle. Les autres, ils vivent une vie qui n’est pas la nôtre, ils ne peuvent pas porter de jugement. Ils ne peuvent rien dire. Ils ne peuvent que regarder et passer leur chemin, ou s’ils en ont le courage, nous tendre la main.

Aujourd’hui, j’écris ces quelques mots avec une petite boule dans la gorge, parce que ces deux dernières années, j’ai vécu bien trop proche de la mort. Mais aujourd’hui, je revis. Grâce à ma famille, qui a toujours été là pour moi, même quand je les rejetais. Grâce à mon merveilleux copain, qui m’a permis de réaliser qu’il existait encore des êtres fabuleux et sincèrement gentils, grâce à des amis que je peux compter sur les doigts d’une main et qui m’ont empêché plusieurs fois de sauter du haut de ma tour. Mais aussi grâce à mes psys, qui m’ont, sans que je m’en rende compte, fait accepter mon passé et m’ont appris à grandir avec, sans ressentir une quelconque honte, sans me laisser envahir par la peur, sans me faire bouffer par mes démons.

Aujourd’hui, j’ai plus que jamais envie de vivre, dans tous les sens du terme. Je me sens plus forte, je me sens prête à reprendre ma vie en main, à revenir dans le monde des études, à créer mon futur et à laisser mon passé là où il se doit d’être.

Aujourd’hui, je repense à ces dernières années avec beaucoup de tristesse, mais pour mieux rebondir. Je n’ai plus peur. Mon existence compte. Et s’il m’arrive encore de laisser couler quelques larmes, de temps à autres, c’est parce que je suis vivante. Ma sensibilité ne me rend pas plus faible.

Merci à ceux qui ont toujours été là, même quand je vous envoyais dans les cordes, même quand j’étais insupportable, même quand je n’étais qu’une bulle de négativité. Désormais, je suis prête à tendre la main à celui ou celle qui en aura besoin.

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