Après la tempête, il y a Nous.

J’ai envie d’écrire, sur tant de sujets. Mais j’ai comme l’impression de ne plus savoir écrire. On me dit de ne pas m’en inquiéter, que ça reviendra, mais souvent j’en doute.

Sur quoi pourrais-je écrire ?

Aujourd’hui, nous sommes le 18 juin. Il y a un an jour pour jour, j’entrais à l’hôpital. Un patient m’avait dit ça pour me rassurer : ” Quand tu nages au milieu d’un océan, y’a deux types de personnes : ceux qui vont être trop fatigués de nager et qui vont se laisser se noyer, et ceux qui vont être suffisamment fort pour continuer à avancer dans l’eau malgré toutes les vagues devant eux. Nous, on a abandonné juste parce qu’on sait pas bien nager. Être ici, c’est pour nous donner des bouées et nous apprendre ce qu’on ne sait pas faire”.

Je me souviens que j’allais souvent me promener dans le parc ou dans les vignes, c’était calme, il n’y avait personne, j’y ai même enterré un de mes cactus mort sous deux grands arbres sous lesquels je me posais pour penser ou écrire. C’était doux. Je me sentais libre, je n’avais pas l’impression d’être à l’hôpital.

Sinon, les gens étaient gentils. Les patients surtout. J’étais protégée par certains hommes de mon unité qui voyaient en moi une petite sœur, tout le monde me trouvait très jeune et pour dire j’étais la plus jeune. Je me souviens des amitiés qui se sont liées pendant mon hospitalisation, je me souviens d’un patient qui dessinait et qui m’avait fait quelques dessins que je garde précieusement, je me souviens des courses qu’on faisait dans les couloirs le soir quand l’équipe d’infirmier était celle plutôt agréable et gentille avec nous. Sinon il y avait une autre équipe de nuit qui ne l’était absolument pas, on en avait même un peu peur parfois. Le moindre écart pouvait nous conduire du côté fermé. Et c’était impensable. Déjà qu’on était bien assez surveillé du côté ouvert, passer du côté fermé était juste l’horreur.

Et puis il y avait les repas, je ne mangeais pas de viande, mais j’avais toujours du poisson. Allez comprendre pourquoi.

Je me souviens des ateliers d’ergothérapie. C’était un moment de bien-être intense, on pouvait se défouler, se libérer, oublier quelques heures qu’on était au final enfermé et mal dans notre peau.

Je me souviens aussi des rendez-vous très fréquents chez mon psychiatre qui essayait de me faire parler, mais qui avait bien du mal.

Je me souviens de mes crises, où je m’enfermais dans ma chambre et où une infirmière était obligée à chaque fois de venir m’aider. Un jour, c’était un patient qui avait remarqué que j’étais enfermée dans ma chambre depuis quelques heures, et il a appelé une infirmière parce qu’il s’inquiétait. Et y avait de quoi, je crois.

Je me souviens aussi que c’est grâce à mon hospitalisation que j’ai réussi à me libérer de l’emprise d’un ex qui m’effrayait.

Non en soi, j’en garde de bons souvenirs. Je ne veux juste pas y retourner.

Parce que cet endroit représente tout ce qui m’effraie chez moi. Parce que ça a fait du mal à ma famille. Parce que j’ai eu peur d’y rester.

Je me souviens qu’en entrant dans ma chambre, je me suis demandée ce que je faisais là. Je me suis dit “alors c’est vrai, j’y suis, c’est là que je vais vivre quelques temps, je suis folle”. Je ne l’étais pas, mais les murs blancs, le lit au milieu de la pièce, le petit bureau, la petite salle de bain, l’unique fenêtre qui ne s’ouvre pas entièrement, tout te fait penser que tu es tombé au fond du trou. Moi du moins, c’est ce que j’ai pensé. J’ai vu ma vie défiler devant mes yeux comme si je venais d’accéder aux enfers, je me suis revue seule, je me suis revue intelligente, je me suis revue triste, heureuse, en colère, effrayée, je me suis revue tomber dans la dépression et mes envies de mourir.

Parfois, encore aujourd’hui, il m’arrive de vouloir mourir. Mais c’est moins fort qu’avant. Parce que je prends en compte la douleur que ça engendrerait, pour mes parents, pour mon amoureux, pour le peu d’amis que j’ai. J’ai fini par comprendre que mourir, c’était une chose bien triste, et que même si je le suis, je n’ai pas le droit de leur faire du mal. Je pense que j’en ai déjà assez fait. Je pense que j’en fais déjà bien assez.

Je pourrais aussi écrire sur mon amoureux. J’en aurais des choses à te dire. Je sais que je ne suis pas toujours très expressive, mais je tiens beaucoup à toi, et j’ai toujours une immense peur de te perdre. Tu représentes tellement de choses à la fois. Tu es devenu un véritable pilier, tu sais. C’en est même flippant, tu vois. Je m’accroche à toi comme un bébé koala s’accrocherait au dos de sa mère. C’est une réelle addiction, je suis devenue dépendante à ta personne. Et tu me le rends si bien. Mais malgré ça, oui, j’ai toujours peur que tu partes. J’ai constamment peur que tu t’en ailles, que tu claques la porte une dernière fois et que tu me laisses seule avec mes larmes, ma bouteille de whisky et mes maladies.

Tu es un remède.

Et pourtant, tu continues de te voir comme une mauvaise personne, un monstre. Je t’aime comme tu es, tu sais, avec tes défauts comme avec tes qualités. Et puis, tes défauts sont une bénédiction pour moi : on se complète. Tu ne trouves pas ? Parce que moi, si. J’ai l’impression de t’avoir attendu si longtemps, mille ans, dans un sommeil profond duquel tu m’as réveillé.

Tu te souviens, un jour on était chez ton frère pour passer l’après-midi. Tout se passait bien, on buvait une bière, on rigolait, on débattait, on discutait, on. On ? Non, vous. Moi, j’écoutais. Et je ne me rendais pas compte que je ne parlais pas. Alors, à un moment donné, tu m’as fait un bisou sur la joue et m’as dit “arrête de t’exclure”. Mon amour, ce que je vais essayer d’expliquer est pour toi, mais aussi pour tous les gens qui ne comprennent pas pourquoi je ne participe pas aux conversations. Tout d’abord, j’ai toujours peur de dire une bêtise, de ne pas parler quand il le faut, de ne pas parler quand c’est à mon tour, j’ai peur de ne pas tout comprendre et puis, souvent, les conversations vont trop vite pour moi. Moi, j’ai besoin de réfléchir à ce que je vais dire avant de parler, sinon je bafouille, je cafouille, et tout est foiré. Ma prise de parole est ratée et je me sens ridicule et nulle. De plus, ne pas parler ne veut pas dire que je ne trouve pas les mots échangés intéressants ! Parfois je le reconnais je décroche totalement et je n’écoute plus rien, mon cerveau passe en off. Mais la plupart du temps, j’écoute avec attention et me taire est pour moi une manière certes différentes de participer à la conversation, mais en est une quand même. Rajoutons à cela le fait que je ne comprends pas toujours toutes les nuances et subtilités du langage et que j’ai un peu peur des gens, et ça donne une jeune fille muette qui regarde dans le vide. Alors oui, je ne donne pas une image de moi intéressante, mais il suffit que l’on me parle d’un sujet qui me passionne pour que je devienne un moulin à paroles. J’ai énormément de connaissances sur plusieurs sujets, je ne sais juste pas comment ni quand en parler. Toi, tu as bien compris ça. Et c’est pourquoi je suis si bien avec toi. Tu n’as pas peur des silences que j’installe, tu ne te moques pas quand je ne comprends pas quelque chose, tu ne te braques pas si je ne participe pas à une conversation ou si je ne m’intègre pas à une ambiance, tu me laisses parler quand j’en ai envie et essaies constamment de me comprendre. Et moi, j’aimerais tellement que tout le monde réagisse comme toi, soit aussi sensible au fait qu’il existe des petits gens comme moi qui vivent dans le même monde que vous mais d’une manière différente.

Je pourrais te remercier des années durant pour tout ce que tu m’apportes et m’excuser en retour pour le poids que je peux être, ou que je pourrais devenir. Alors pardonne-moi. Pardonne-moi d’avoir constamment peur. Pardonne mes silences aussi froids que ma peau. Pardonne mon innocence. Pardonne ma faiblesse, ma fragilité évidente. Pardonne ma tristesse. Pardonne mes erreurs. Pardonne-moi de ne pas toujours me sentir à ma place ou à la hauteur. Pardonne-moi de nuire au bien-être des personnes qui m’entourent. Pardonne mon esprit de vengeance. Pardonne mon sourire. Pardonne mon visage. Pardonne mon corps. Pardonne-moi pour mes pensées. Pardonne ma naïveté. Pardonne mes troubles. Pardonne mes questions. Pardonne-moi pour tous mes défauts que je ne sais pas cacher. Pardonne-moi si parfois, tu te demandes pourquoi je suis comme ça. Pardonne-moi de t’aimer autant. Pardonne-moi de vouloir vivre éternellement avec toi. 

Je sais que tu me pardonneras. Parce que tu m’aimes, je crois bien. C’est un sentiment si agréable d’être aimé pour ce que nous sommes. C’est un sentiment si nouveau d’être regardé comme si nous étions la huitième merveille du monde. C’est un sentiment que je veux garder toute la vie. C’est un sentiment que je garde même quand je me réveille en pleurs. C’est un sentiment que je garde même quand je me vois sauter du haut d’un pont. C’est un sentiment que je garde surtout quand je te regarde.

Tu es un tout. Tu es mon petit ami, mon amant, mon ami, mon aide, celui à qui je me confie. Et si je le pouvais, je cueillerais des milliards d’étoiles pour te montrer à quel point je t’aime.

Maintenant, imagine.

Imagine si on se s’était pas retrouvé.

Je serais encore et toujours à errer, je serais sûrement tombée encore un peu plus bas, parce que je ne te dis pas tout mais si je ne succombe pas à mes crises, mes délires et mes idées noires, c’est parce qu’il y a toi.

Et quand tu n’es pas là, je me sens vide. Vidée de tout.

C’est une sensation étrange que de se sentir vide. On regarde le monde avec un regard étrange, une attitude étrange, on fait des mouvements étranges, on rêve de manière étrange, on respire même étrangement.

Depuis toute petite je me suis sentie étrange, mais pas forcément vide. Le vide est arrivé tandis que je grandissais. Ça aussi c’est étrange. Un enfant normalement constitué se rempli de savoir et de connaissances en grandissant, mais ne se vide pas. Moi, c’est comme si j’étais une bouteille percée, et que plus j’avançais, plus l’eau que je contenais se faisait la malle et s’étalait sur mon passé comme une traînée de poudre. Est-ce que ce que je raconte à du sens ? Je ne sais même pas.

Parfois, je me tiens debout dans la salle à manger, ou dans ma chambre, je ne bouge plus et je me mets à pleurer. Là, comme ça, sans raison. Juste parce que ça fait du bien de pleurer, ça libère, on se sent plus léger après.

D’autres fois, j’ai envie d’exploser, de hurler dans la maison qui est devenue ma grotte, ma prison, l’endroit dans lequel je me suis réfugiée depuis un an comme pour me protéger du monde extérieur.

Tu es comme un prince charmant qui m’aurait délivré de ma tour dorée.

Tu vois, j’ai les pensées floues. Le début n’a rien à voir avec la fin. Je parle du passé, de mon présent, et de notre futur. Parce que c’est tout ce qui importe. L’Histoire de nos vies importe. Et je t’aimerais toujours, peu importe tes choix, peu importe tes faiblesses, peu importe tes peurs, peu importe tes erreurs, qu’elles soient passées ou à venir. Parce que tu es toi. Parce que tu m’as apporté un souffle de sincérité. Et que j’en avais besoin. Tellement. Tu me sauves jour après jour.

Il y a un an, j’étais au plus bas. Aujourd’hui, tu me portes pour être au plus haut.

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